Actualité Juive

Et si, acculé, Israël se sabordait ?
L’impensable devient ici soudain vraisemblable ...
Pour sauver les Juifs d’Israël, pays rêvé réalisé puis condamné pour avoir perdu la guerre de l’information et sombré dans la confusion, l’ordre est donné d’évacuer le territoire.

Cela commence par Massada. Ce symbole qui, à nouveau, est le théâtre d’un suicide collectif. Celui de l’État d’Israël, cette fois. Mais ce n’est que la bannière du roi David que l’on y enterre. Les Israéliens, eux, retourneront en Galouth. Sauf ceux qui préféreront le suicide. Et si l’on en est arrivé là, c’est que, dès le départ le rêve de restaurer cet État juif était condamné. Pour cause de désinformation, mais aussi de confusion, une confusion telle qu’elle en fit finalement un pays disloqué. Ce que nous relate Myriam Sâr, qui, dans un va-et-vient constant, mêle des personnages d’aujourd’hui, qui, comme elle, appartiennent à la troupe du théâtre Cameri de Jaffa et leurs proches, aux personnages et lieux qui ont fait l’histoire d’Israël ou l’histoire juive. Begin ou Trumpeldor, Ben Yehuda ou Jabotinsky, Anne Frank, Rabin, Sharon ou Golda Meir et son amant palestinien. Sans oublier D.ieu. À peine évoqués ou décrits plus avant dans des vignettes résumant l’essentiel.
Les fils de cet écheveau emmêlé retracent toutes les facettes, temps forts, complexités, tragédies, joies juives et israéliennes dans une écriture étourdissante, haletante, parfois écriture automatique, parfois elliptique, entrecoupée de dialogues venant clarifier la trame de l’histoire. Avec en leitmotiv la huppe fasciée, le sable d’Israël, chanté par Gainsbourg, l’or, la boue et le sang, le théâtre, Tchekhov, les amours impossibles. Finissant parfois dans le sang, comme celles de Slimane et d’Eva. Et, miroir réel, la mort d’un homme de théâtre ayant, lui, existé. Mais, le monde étant une scène de théâtre, comme l’écrivait Shakespeare, souvent mentionné, ce récit, si terriblement vraisemblable, s’avère ne pas être ce qu’il paraît, pièce dans la pièce, nous dit en post-scriptum la romancière Sarah Vajda. Avec les deux Lawrence, celui d’Arabie et celui de Judée, en poupées russes.
D’une incroyable densité, ce roman, à la fois coup-de-poing et subtil, est à lire et, surtout, à relire pour pouvoir en savourer l’infinie richesse .

Hélène Keller-Lind, Actualité Juive n°1182, du jeudi 27 octobre 2011

Le Magazine des Livres consacrera dans son prochain numéro (n°33, novembre-décembre) une douzaine de pages à l’œuvre romanesque de Sarah Vajda, avec un grand entretien de Joseph Vebret et un article de Stéphane Gocanti sur L’An dernier à Jérusalem. En kiosques le 18 novembre.

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