Biographie


« Bien qu’excellent élève, Theodor Haecker quitte sur ordre paternel très jeune le lycée pour travailler comme apprenti dans le commerce. Il reprend ses études tardivement à Berlin puis à Munich (…) sans obtenir le titre de docteur, ni celui de professeur : avec fierté Theodor Haecker demeurera un "extraordinarius", un homme inclassable dont la liberté intérieure lui permettait de rester critique à l’égard d’un système auquel il ne se sentait pas appartenir. » (Falk van Gaver, La Nef)

Tôt remarqué par Karl Kraus, Theodor Haecker, lecteur de Kierkegaard et de Pascal, traducteur du cardinal Newman, se converti au catholicisme en 1921 et gagna une large audience dans les années vingt avec sa verve féroce, qu’il dirigea contre Thomas Mann ou Stefan George, contre Mussolini et même Hitler en 1924. Il fut l’une des grandes figures de la résistance intérieure allemande au nazisme, et il lui fut interdit d’écrire et de parler en public dès 1935. Son œuvre inspira néanmoins (avec celles de quelques français comme Léon Bloy ou Bernanos) les tracts de « la Rose blanche » (Munich, 1942-43). C’est d’ailleurs peu après une lecture, faite par Haecker en février 1943, de quelques chapitres de Der Christ und die Geschichte aux membres de la Rose blanche, que ceux-ci furent arrêtés et exécutés. Dans son livre sur Virgile (traduit et publié par Maritain en 1933 et réédité en 1994, Éditions Ad Solem) il se plaçait sous la banière du précurseur latin le plus opposé au travestissement de l’Occident par toutes les réductions nazies ; épinglant au passage « l’idéologie boursouflée du slogan Liberté, Égalité, Fraternité », il rappelait que « les Grecs et les Romains ont accepté que le salut ne vienne pas d’eux, mais des Juifs ».
En 1947 la publication de ses journaux secrets – « O mes amis, au milieu des abominations de la désolation que nous connaissons aujourd’hui, c’est le moment de considérer ce que nous ne voulons pas abandonner » – montra à quel point Haecker avait été critique aussi bien envers l’arrogance blasphématoire du national socialisme, que contre la position officielle de l’Église catholique.
La traduction de ce livre a été réalisée par Jacqueline et Cécile Rastoin (carmélite de Montmartre) traductrices de l’œuvre d’Édith Stein en France.