Crif


C’est un petit livre, mais quelle vigueur, quelle pertinence ! La relation entre la France et Israël depuis la renaissance de l’État juif est analysée avec finesse et, pour Michaël Bar-Zvi, Français de naissance, aujourd’hui Israélien, force est, hélas, de constater qu’en 2014, la France s’éloigne chaque jour un peu plus d’Israël. Et, parallèlement, le pays de Voltaire et de Léon Blum amorce un déclin qui semble inéluctable. Comme si les deux choses étaient intimement liées. « Non seulement la France a renoncé à son attachement à la Bible, mais en plus elle s’efforce de dissocier le peuple juif du judaïsme, et l’un et l’autre de l’État d’Israël. Par un effet de miroir, dont l’histoire a le secret, cet entêtement dogmatique est une des sources principales du déclin français ».
L’équation, pour Bar-Zvi est simple : en se défaisant de la « demeure juive qui est en elle », la France s’étiole, perd « ses racines, sa raison d’être et sa force de vie ». Dès lors, comment s’étonner que peu à peu, « le chaos, ou le tohu-bohu pour parler le langage biblique, s’installe dans la société française ». Comment ne pas dénoncer le cynisme et l’hypocrisie ambiants qui voient la France préférer « les Juifs morts aux Juifs vivants, qui honore leur mémoire, mais déteste le retour à leur terre ? ».
Pour raconter l’histoire des deux « peuples élus » que sont, selon lui, la France et Israël, Michaël Bar-Zvi remonte à la construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris dont la façade s’orne des effigies des vingt-huit rois d’Israël. Il évoque, bien sûr, Rachi de Troyes, Jacob ben Meïr alias Rabbénu Tam, son petit-fils, la dynastie languedocienne des Kamhi, les Tibbonides, Gersonide, Maestre Léon de Bagnols et bien d’autres encore.
« Israël est au cœur et dans le cœur d’auteurs comme Montaigne, Pascal, Racine, Léon Bloy, Péguy, Claudel... » Sans oublier Jean Bodin, Montesquieu, Joseph de Maistre, Bossuet, Chateaubriand, Alfred de Vigny, Victor Hugo, Lamartine, Flaubert, Pierre Loti ou Ernest Renan.
Pourtant, dit Bar-Zvi, la France finit par abandonner la terre d’Israël aux Britanniques, optant pour une politique pro-arabe qui perdure depuis près de cent ans. C’est que « Les aspirations de la France à se forger une politique arabe correspondaient à la vision des diplomates du Quai d’Orsay et constituaient un obstacle majeur à la reconnaissance du sionisme par l’opinion publique ».
La période qui va de 1950 à 1967 où Israël et la France furent très proches est en quelque sorte exceptionnelle, précédant une forme de séparation. « À l’heure où l’on abolit les frontières, où l’on efface le passé, où l’on brûle les drapeaux sur la place publique, où l’on s’affiche en jabot de pintade dans les rues, où l’on saccage à nouveau des synagogues, il est temps de rappeler que la morale commence par le mot : NON ! Assez d’expliquer l’inacceptable, assez de justifier l’imprescriptible, assez de trouver des raisons à ceux qui ont tort, assez de nier ce qui est en nous depuis la naissance ! Le déclin français s’accélère et risque de tourner au chaos ».
Il serait temps, estime l’auteur que la France s’inspire du sionisme politique moderne. Elle en ressortirait grandie et plus forte et l’on verrait alors à nouveau « les peuples de France et d’Israël fouler ensemble une glèbe nourrie des mêmes racines spirituelles ». Magistral !

Jean-Pierre Allali, Crif, 30 décembre 2014