Étonnante actualité de Voltaire : les Juifs


« Jephté ou des sacrifices de sang humain », où VoItaire prétend prouver que la loi juive ordonnait expressément des meurtres rituels, dans le Dictionnaire philosophique suit immédiatement l’article « Inquisition », institution qualifiée de « tout à fait chrétienne ».

Pour « écraser l’Infâme », Voltaire a constamment pratiqué le classique amalgame, le détorquage, la détraction, la médisance, la calomnie (« La calomnie, Docteur, la calomnie. Il faut toujours en venir là », dit Bazile), réduisant le droit (la théologie catholique) aux faits et aux méfaits (au christianisme « historique », inévitablement parcouru de crimes et d’hérésies – dont l’inquisition évidemment). De ce point de vue, Blake voit juste lorsqu’il écrit que « Voltaire était intolérant comme un inquisiteur ». [1].

« Aux temps de la domination hitlérienne en Europe, un agrégé d’histoire, Henri Labroue, n’eut pas de peine à composer un livre de deux cent cinquante pages à l’aide des écrits antijuifs de Voltaire », écrit Léon Poliakov [2].

« Rien n’est plus révélateur que le dépouillement du document capital voltairien qu’est le Dictionnaire philosophique. Sur ses cent dix-huit articles, une trentaine prennent à partie les Juifs, “nos maîtres et nos ennemis, que nous croyons et que nous détestons” (art. “Abraham”), “le plus abominable peuple de la terre” (art. “Anthropophage”), “dont les lois ne disent pas un mot de la spiritualité et de l’immortalité de l’âme” (art. “Âme”) […]. L’article “Juif” est le plus long du Dictionnaire (trente pages). Sa première partie (rédigée vers 1745) s’achève ainsi : “…vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent” ; suit la fameuse recommandation qui dans un tel contexte produit l’effet d’une clause de style : “Il ne faut pourtant pas les brûler”. […] On retrouve le même Voltaire moderne lorsqu’il affirme que les Juifs sont “plagiaires en tout”, ou lorsqu’il écrit, dans l’Essai sur les mœurs  : “On regardait les Juifs du même œil que nous voyons les Nègres, comme une espèce d’homme inférieure”. » [3]

Dans le Dictionnaire philosophique, Voltaire écrit : « Il est vrai que du temps d’Ezéchiel les Juifs devaient être dans l’usage de manger de la chair humaine, car il leur prédit, au chapitre XXXIX, que Dieu leur fera manger non seulement les chevaux de leurs ennemis, mais encore les cavaliers et les autres guerriers. Cela est positif. Et, en effet, pourquoi les Juifs n’auraient-ils pas été anthropophages ? C’eût été la seule chose qui eût manqué au peuple de Dieu pour être le plus abominable peuple de la terre. » [4]

Étonnante actualité de Voltaire ! (s’il est permis d’user de son ironie contre lui.) Songez-y : remplacez « peuple hébreu » par « État hébreu » et demain n’importe lequel de nos grands quotidiens publiera avec une totale approbation le texte suivant : « On ne voit, au contraire, dans toutes les annales du peuple hébreu, aucune action généreuse. Ils ne connaissent ni l’hospitalité, ni la libéralité, ni la clémence. Leur souverain bonheur est d’exercer l’usure avec les étrangers ; et cet esprit d’usure, principe de toute lâcheté, est tellement enraciné dans leurs cœurs, que c’est l’objet continuel des figures qu’ils emploient dans l’espèce d’éloquence qui leur est propre. Leur gloire est de mettre à feu et à sang les petits villages dont ils peuvent s’emparer. Ils égorgent les vieillards et les enfants ; ils ne réservent que les filles nubiles ; ils assassinent leurs maîtres quand ils sont esclaves [serait-ce là une action “noire, ingrate et injuste” ?]  ; ils ne savent jamais pardonner quand ils sont vainqueurs ; ils sont les ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps chez cette nation atroce. Mais, dès le second siècle de l’hégire, les Arabes deviennent les précepteurs de l’Europe dans les sciences et dans les arts, malgré leur foi qui semble l’ennemie des arts. » [5]

In Ghislain Chaufour, Candide antérot,, © Les provinciales, 2009.

[1] cité par Pierre Boutang, in William Blake manichéen et visionnaire ; La Différence, 1990

[2] Histoire de l’antisémitisme, vol. 3, page 103 ; Calmann-Lévy, 1968.

[3] Léon Poliakov, op. cit., page 106.

[4] article « Anthropophages » ; op. cit.

[5] Essai sur les mœurs, chapitre 6, « De l’Arabie et de Mahomet » ; op. cit. p. 261. »