L’Action Française


« LES CRAFOUILLIS NOUS PARLENT - Ami lecteur, as-tu, d’Alcofribas Nasier (Rabelais) repéré le récent parent, Serge Rivron, en sa savante pronostication ? Alors, lis un peu ces Crafouillis qu’il te propose, et lui donne un laurier. Là, le romancier se fait créateur d’univers et de comédie, comme à peu près aucun de ses contemporains ne l’ose. Mais qui sont ces Crafouillis ? Ce peuple a sa naissance, ses noms, sa langue, ses coutumes, son histoire fortement colorée et imprévue. Est-ce de la science fiction, une contre-utopie, une Histoire universelle, ou encore une satire ? Tout cela assurément, avec un regard aussi franc que cru.

Serge Rivron s’affirme un Rabelais moderne. Avec une langue d’orfèvre, décorée d’argot, où l’invention verbale caracole et surprend le lecteur à chaque ligne, il retrouve la verdeur du génie français, telle que le XVIe siècle l’a inventée. Ce n’est pas rien, demande attention, et il faut y aller voir pour y croire tout à fait. Le narrateur a trouvé plus qu’un style, la langue même qui convient à ce qu’il narre : une chronique, une geste épique, peignant un peuple par rapport auquel nos peuples modernes ne diffèrent véritablement que par leur manque d’humour. (...)

Si l’humanisme aristocratique de Rabelais fait place à la distance attendrie d’un fond plus moderne (sorte de danse villageoise entre scepticisme et croyance), ce roman a en commun avec Gargantua et Pantagruel une impayable francité montée sur toute une générosité populaire. Tout y est joie, jusqu’à la cruauté, jusqu’au désenchantement (Ubu n’est jamais loin de l’humour de Rivron). Tout y est léger, y compris cette eschatologie vers laquelle le roman tend de plus en plus, jusqu son épilogue. Léon Daudet s’en fut assurément goinfré.

Ce roman astucieusement archaïque, par sa profusion verbale, ses audaces langagières, par la force de ses tableaux, est un des plus vivants et des plus drôles que nous ayons lus depuis des années. Il donne autre chose à manger que la soupe habituelle. remercions son auteur d’oser réveiller notre langue avec cet aplomb. »

Stéphane Giocanti, L’Action Française