L’exil


L’artisan de la survivance des communautés juives en Terre d’Israël fut le rabbin Yohanan Ben Zakkai, qui, pendant le siége de Jérusalem en l’an 69, réussit à quitter la ville, caché dans un cercueil. Il obtint peu après du commandant en chef romain, Vespasien, à qui il avait prédit une destinée impériale, de pouvoir ouvrir à Yavné un centre d’études des écritures sacrées. Mais loin de s’en tenir là, il accomplit l’action décisive que fut la constitution d’un nouveau Sanhédrin, chargé de promulguer les lois et de veiller à leur application. Le président de cet organe fut reconnu par les Romains comme nassi ou chef du peuple juif. Sous son impulsion commença une oeuvre importante d’adaptation des lois à la situation nouvelle.

Vaincue à Jérusalem, la résistance juive poursuivit sa lutte avec vigueur dans l’arrière-pays. Elle ne prit fin qu’une soixantaine d’années plus tard, avec la chute en 135 de la dernière citadelle hébraïque, Massada. Plus d’un demi-million de soldats Juifs périrent et 985 villages furent détruits au cours de cette révolte, la plus longue et la plus âpre à laquelle l’Empire romain ait eu à faire face. Après sa victoire, Rome entreprit d’effacer toute trace d’identité juive en Terre d’Israël. Elle débaptisa même celle-ci et l’affubla du nom de « Falastina » – Palestine – tandis que Jérusalem, complètement rasée, se vit appeler Aelia Capitolina (…) Bannie de la Judée, la vie juive se concentra désormais au nord, en Galilée, où affluèrent de nombreux réfugiés et des esclaves rachetés. C’est là que naquirent aux IIIe et IVe siècles quelques-unes des créations les plus importantes de la pensée juive : rédaction du Talmud (Somme de la méditation d’Israël sur la Bible) et achèvement de la Mishna (fondements de la doctrine et de la civilisation d’lsraël à partir de la Bible).

En 351, les Juifs se révoltèrent à nouveau et en 614, ils réussirent même à se rendre brièvement maîtres de Jérusalem, Mais une nouvelle force était en marche : l’Islam.

Michaël Bar-Zvi et Claude Franck, Le Sionisme, © Les provinciales.