3. La Croix


Trois jeunes femmes, debout face au public, posent la main sur leur ventre, joyeuses au début puis, peu à peu, tendues, craintives, angoissées. Tout est dit, dès la première scène, de la détresse des mères, de Bethléem ou d’ailleurs, qui accouchent et aussiôt pleurent leurs nouveaux-nés assassinés. Car c’est bien de maternité et de meurtre, de vie et de mort qu’il est question dans Massacre des innocents, pièce de Fabrice Hadjadj qui, après avoir été donnée au Théâtre des Carmes, à Lyon, en novembre, est actuellement jouée à l’Espace Bernanos à Paris (…) Une pièce dont le sujet, pourtant « décisif » selon Fabrice Hadjadj a été peu traité. « On est juste après Noël, la Consolation d’Israël est enfin là, et qu’est-ce qui se passe ? L’horreur… saint Matthieu n’a pas peur de parler de l’inconsolable : Rachel pleure ses enfants et ne veut pas qu’on la console », explique-t-il (…)

Au cours de cette longue pièce (plus de deux heures), les personnages d’hier et d’aujourd’hui se succèdent, dans treize scènes, légères ou terribles, [interprétées par] trois actrices, toutes talentueuses (Emmanuelle Bonnet, Véronique Ebel et Siffreine Michel (…) La mise en scène dépouillée met parfaitement en valeur ce texte beau et puissant. Tandis que l’accompagnement au bandonéon (Stéphane Lyonnet) et au violon et violoncelle (Sarah Durteste), sur des airs d’inspiration hassidique, donne aux voix des trois femmes une coloration brutale ou consolante (…) »

Claire Lesegretain, La Croix du 2 mai 2007.