La Nef

« L’Europe contemporaine apparaît ainsi, cas peut-être unique d’autodestruction dans l’histoire, comme la seule civilisation en train de renoncer à elle-même et à son identité sans subir d’invasion étrangère. » Falk van Gaver, La Nef

Israël, rempart contre l’islam ?

« Nucléaire iranien, terrorisme islamiste, Hamas à Gaza et Hezbollah au Liban… Devant la montée des périls islamiques, Israël serait-il le poste avancé de l’Occident ? C’est ce que défendent deux grandes voix juives : Bat Ye’ or et Richard L. Rubenstein.
La création de l’État d’Israël en 1947-1948 sous l’égide des Nations-Unies a été activement soutenue par les deux grandes puissances de l’époque, les États-Unis et l’Union Soviétique, avec le soutien passif si ce n’est massif de l’essentiel de la communauté internationale, alors surtout occidentale. Un infléchissement s’est fait en 1956 lors de la crise de Suez, lorsque les États-Unis et l’URSS ont stoppé l’offensive conjointe franco-anglo-israélienne contre l’Égypte de Nasser, puis en 1967 lorsque la conquête israélienne de la Cisjordanie et de Gaza (territoires de la Palestine sous mandat respectivement jordanien et égyptien de 1948 à 1967, devenus depuis les « territoires palestiniens occupés » ) a partiellement aliéné à l’« État hébreu » le soutien de certains pays – notamment la France du général de Gaulle.
Depuis, la lente et partielle reconnaissance de la question palestinienne (problème des réfugiés et nation palestinienne revendiquant un État) par la communauté internationale – notamment l’ONU et la Communauté européenne – au travers de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) fondée en 1964, a été perçue par de nombreux Israéliens et leurs soutiens comme une érosion – voire une trahison – du soutien de l’Europe et de l’Amérique envers Israël.
Les événements récents ne font que renforcer cette interprétation de l’attitude générale de l’Occident : critiques européennes et condamnations internationales de la politique israélienne lors des crises de Gaza (blocus depuis 2007, guerre de 2008-2009, affaire des flottilles de 2010) ; crise des relations avec la Turquie, tête de pont de l’OTAN et seul allié d’Israël dans la région ; politique internationale de l’administration Obama depuis le discours d’El-Azhar au Caire en 2009 jusqu’à l’actuelle crise égyptienne... Tout infléchissement du soutien européen et américain à l’État d’Israël est souvent présenté en Israël et dans une large partie des communautés juives dans le monde, non seulement comme une position anti-israélienne, mais comme un abandon ou une trahison – suspect d’« antisionisme » voire d’antisémitisme.

Trahison de l’Occident ?

Cette position est remarquablement illustrée par deux livres récents : l’un de la célèbre historienne d’origine juive égyptienne, Bat Ye’or, qui forgea le concept de « dhimmitude » d’après ses recherches sur le statut de soumission des minorités Juives et chrétiennes après la conquête islamique ; l’autre par le philosophe juif américain Richard L. Rubenstein, qui inaugura après guerre le débat sur la signification théologique de la Shoah. Les deux s’attaquent aujourd’hui à la montée des périls qui menacent Israël – et selon eux son existence même – et entendent exposer la collusion croissante de l’Europe et de l’Amérique avec l’islam.
Sorte de suite concentrée et actualisée de son Eurabia, l’axe euro-arabe, paru en 2006, L’Europe et le spectre du califat (1) explore avec alacrité le travail fondamental de lobbying réalisé par l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et ses différentes branches, auprès des institutions européennes notamment, par le biais de divers organismes voués au dialogue des civilisations : le Dialogue Euro-Arabe, la Fondation Anna Lindh, l’Alliance des Civilisations… À cet égard, les larges citations et analyses qu’elle fait de la Déclaration du Caire des droits de l’homme en Islam (1990), ou encore de la brochure de l’ISESCO – équivalent islamique de l’UNESCO - intitulée Stratégie de l’Action Culturelle Islamique en Occident (Sommet de l’OCI de Doha, 2000), sont éclairantes si ce n’est effrayantes. L’Europe contemporaine apparaît ainsi, cas peut-être unique d’autodestruction dans l’histoire, comme la seule civilisation en train de renoncer à elle-même et à son identité sans subir d’invasion étrangère.
En revanche, le ton devient franchement polémique, voire pamphlétaire, dès qu’il s’agit de ce qu’elle appelle le « palestinisme » (…) notamment lorsqu’elle décrit des institutions européennes peuplées d’anciens nazis orchestrant la « fièvre antisémite » et la « diffamation raciste de l’État d’Israël », ou encore lorsqu’elle accuse les chrétiens palestiniens et les « Églises arabisées » d’être les agents de l’OCI en vue de la destruction d’Israël et de « la conquête de l’Europe par la Palestine » (…) » (suite ici^)

Falk van Gaver, La Nef n°224, mars 2011

(1) Bat Ye’or, L’Europe et le spectre du califat, Les provinciales, 2010, 216 pages, 18 €.