La ballade du cœur qui a tant battu (pour Péguy)


Gérard Breuil expose cent vingt cinq variations à l’encre de Chine inspirées par La ballade du cœur qui a tant battu de Péguy

À l’église Saint-Marcel de Cluny, dans le cadre du 1100e anniversaire de l’Abbaye de Cluny,
exposition du 10 avril au 31 décembre 2010.


(Les vers de Charles Péguy, dans La ballade du cœur qui a tant battu, m’ont accompagné durant tout le temps de la réalisation de ces peintures. Celles-ci sont exposées fidèlement à un schéma matérialisé sur les murs – sans doute récent. Il s’agit d’une suite de rectangles (et parfois ce qu’il en reste), dont les espaces vides appellent le chant.)

On pourrait gratter l’empreinte laissée par la tête d’un moine sur chaque stalle de bois pour y découvrir l’autre face du soleil noir, celle de la joie. Ou simplement rester coi devant leur merveilleux alignement, selon le même axe et pourtant pas toujours à la même hauteur, révélant l’harmonie, le rythme.
C’est un axe de détresse, dans le flot tumultueux des veines et des artères, que Péguy nous conduit à l’hymne d’espérance. La genèse fragmentée de ce poème s’étire jusqu’à nous, sans discontinuité, comme le prolongement du son d’une cloche, recouvert à chaque fois par un autre, juste avant d’être atone.
Assemblage harmonieux, le rythme est aussi transparence. Il y a cet instant de recouvrement, d’alternance qui nous fait sans cesse basculer.

Les songes par deux portes
Viennent nous voir
Car ils sont de deux sortes
Le blanc, le noir.

Le rythme découpe le temps, et y cloue les événements, les déplace, les efface. Il ne les répète pas, il les reprend, les compresse, les étire, il en fait des variations. Il s’amuse.
Il est la fin d’une chose, d’un être, son début à la fois. La mort, mais la résurrection, donc pas la mort. Donc la vie.
C’est une fin qui induit son propre commencement. La fin est un début.
Le rythme est toujours la même chose, simplement pas au même instant, pas au même endroit, pas sous la même forme. Donc jamais la même chose, dans l’instant resurgit, l’endroit réhabilité, de forme récurrente.
Ce qui nous reste des vieilles chapelles est immatériel. Des indices, peut-être récents comme ces restes de rectangles vides nous invitent à oser épouser le ryhme, à graver notre matière, notre chair dans cette immatérialité qui semble s’accroître comme le cœur s’ouvre. Ainsi Péguy ouvre les fenêtres, car son cœur a tant battu. Ses mots deviennent matériels et nous renvoient à la contemplation, l’ascèse, serviteurs de la musique ou de la peinture que ces lieux pourraient inspirer, remparts à leur expiation.

Inscription gravée
Au vase antique
Ô frise réservée
Pour un cantique.

Les rectangles verticaux et vides de ces murs vétustes Embrasement sans flammes
Feu sans lumière

…ont un mouvement prolongé, recommencé, comme la vibration d’une corde après une tension relâchée. Comme les strophes interminables de Péguy, ou peut-être une seule strophe toujours recommencée.
Dans ces rectangles Péguy m’a raconté la vie. En recommençant toujours par la fin.
En m’insufflant les pulsations tout au long de ce pèlerinage à travers les soleils noirs de la rigueur et de la contemplation, absorbeurs de lumière inhérent à ces lieux.
J’ai tracé mes lignes, ou plutôt ma ligne, qui tressaillirait, féminine et solitaire, choriste et hiératique, pour saisir le jour, mais

Tous les soirs le jour fuit
À tire d’aile.

Gérard Breuil

Téléchargez le livret présentant le travail de Gérard Breuil (photos de Nicolas Espinasse)

Présentation en ligne du travail de Gérard Breuil

Autre exposition quelques kilomètres plus loin, en direction de Tournus, à l’église de Chapaize (très beau village de Saône et Loire, entre Tournus et Cluny, jusqu’à la fin mai)

À cette occasion, le samedi 8 mai 2010 à 21 heures,
Markus Held (violon)
Thomas Buchmann (violoncelle)
Maxime Patel (orgue)
donneront un concert exceptionnel
musiques de Monteverdi, Bach, Mozart, Haydn et Mendelssohn
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Possibilité de se restaurer sur place au « Saint Martin » (tél. 03 85 50 13 18).