La profondeur des sexes (extrait)



« Les Juifs en tant que tels sont un scandale pour la performance mondiale. Ils croient en une élection qui passe par la chair. Ils pensent que l’étude du Pentateuque vaut mieux que le human engeneering. Ils portent des barbes de vieillards, des manteaux noirs râpés, des borsalinos qui sentent la naphtaline et ne font pas du tout fashion. Cosmopolites à l’heure des nationalismes, nationalistes à l’heure de la mondialisation, ils se trouvent toujours en travers de notre chemin, comme pour nous pousser à regarder dans une autre direction, plus verticale, peut-être. Leur eretz Israel trouble la paix universelle. Leur Messie méprise l’homme qui se sauve par ses propres moyens. Rabbi Abraham Yeshaya Karelitz se mettait toujours solennellement debout en présence d’un trisomique : si l’Éternel l’a privé du pouvoir d’étudier à fond la Torah, disait-il, c’est qu’il est déjà parfait à Ses yeux. Le Juif ne s’invente pas. Irréductible polichinelle, il jaillit du sexe et de la grâce, ces deux extrêmes qui débordent une production contrôlée. Un monde transparent devra s’avorter d’un tel monstre. »

Fabrice Hadjadj, La profondeur des sexes (pour une mystique de la chair), Éditions du Seuil, 2008, p. 247.