La terre

Contrairement à un mythe solidement enraciné depuis peu, la Palestine occidentale était encore, il y a une centaine d’années, largement inhabitée. Aucune population arabe d’importance n’y vivait alors.

Tous les visiteurs et tous les géographes en ont porté témoignage. Chateaubriand, qui voyagea en Terre sainte en 1806, a laissé de la plaine de Sharon, où vivent actuellement les trois quarts des Israéliens, une description classique : « Nous avançâmes dans la plaine de Sharon dont l’Écriture loue la beauté... Le sol est une arête fine, blanche et rouge et qui paraît, quoique sablonneuse, d’une extrême fertilité. Mais grâce au despotisme musulman, ce sol n’offre de toutes parts que des chardons, des herbes sèches et flétries, entremêlées de chétives plantations de coton, de doura, d’orge et de froment. Çà et là paraissent quelques villages toujours en ruines, quelques bouquets d’oliviers et de sycomores... Il est certain que la tristesse de ces lieux semble respirer dans les cantiques du prophète des douleurs ».

Quant à la Judée, où est actuellement installé l’autre quart de la population israélienne, l’auteur du Génie du christianisme la dépeignit en ces termes : « Quand on voyage dans la Judée, d’abord un grand ennui saisit le cœur ; mais lorsque passant de solitude en solitude, l’espace s’étend sans bornes devant vous, peu à peu l’ennui se dissipe ; on éprouve une terreur secrète, qui, loin d’abaisser l’âme, donne du courage et élève le génie... Dieu même a parlé sur ces bords (du Jourdain) : les torrents desséchés, les rochers fendus, les tombeaux entrouverts attestent le prodige ; le Désert paraît encore muet de terreur, et l’on dirait qu’il n’a osé rompre le silence depuis qu’il a entendu la voix de l’Eternel »(…)

Le grand romancier américain Mark Twain, qui a visité la Terre d’Israël en 1867, y a vu : « Un pays de désolation dont le sol est cependant suffisamment riche, mais entièrement abandonné aux ronces, une immense étendue triste et silencieuse... Une désolation telle que l’imagination la plus fertile ne peut la parer des effets de la vie et de l’action. Nous sommes arrivés sains et saufs au Thabor... Nous n’avons pas rencontré un être humain sur tout le trajet. La Palestine est désolée et laide... La Palestine n’est plus de notre monde. Elle reste sacrée pour la poésie et la tradition, mais elle n’est plus qu’un pays de rêves » (…)

Michaël Bar-Zvi et Claude Franck, Le Sionisme, © Les provinciales.