Le Figaro Magazine

« Un drame poétique et théologique contemporain, dans la lignée de Pascal et Kierkegaard. »

Peu de temps avant d’être décapitée par les nazis près de Munich alors qu’elle était à peine âgée de vingt-deux ans, Sophie Scholl, principale animatrice de « La Rose blanche », association chrétienne clandestine de lutte contre la « dictature du mal », avait rencontré le philosophe catholique Theodor Haecker dont elle dit : « Jamais encore personne ne m’avait à ce point convaincue comme lui par son visage. » Ceux qui liront la magnifique méditation de ce maître sur Le Chrétien et l’histoire le seront par sa pensée.

« Seigneur de l’histoire », le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus-Christ, incarné lors de la « plénitude des temps », crucifié « sous Ponce Pilate », demeure au cœur de la Création continuée et donc de la « politique » et du « pouvoir » : « On a méconnu l’essence mystérieuse du pouvoir et de la force (…) . C’est justement la chrétienté qui a révélé cette essence du pouvoir, à tel point que notre confession de foi commence avec « Je crois en Dieu le Père tout-puissant » » . Hiérarchisée en « communautés ordonnées », la société manifeste le plan divin que les volontés libres de l’homme et de l’« Antéchrist » (« un homme complètement voué à se perdre ») peuvent contrecarrer temporairement. Comme les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre l’Eglise, c’est à elle « de décider » ce qui est à César et ce qui ne l’est pas, afin que la barbarie n’engloutisse jamais Athènes ni Jérusalem. Un drame poétique et théologique contemporain, dans la lignée de Pascal et Kierkegaard.

Rémi Soulié, Le Figaro magazine