Parlement Européen, Bruxelles

Patrick Louis, député du groupe Indépendance et Démocratie au Parlement Européen présente
MichaëL Bar-Zvi Michel Gurfinkiel
ISRAËL ET L’EUROPE
nation, frontières, démographie

Israël et les nations d’Europe ont un destin lié. Ce n’est pas seulement l’histoire qui leur est commune, mais la relation à l’histoire, qui perdure et éprouve encore si intimement chacun. Elle fait le socle de nos positions politiques, et se heurte à des violences contraires et à des négations si modernes de l’histoire européenne qu’une seule hésitation, soit de l’Europe, soit de l’État juif sur leur vocation propre ou sur leur territoire peut être dramatique. Michel Gurfinkiel, rédacteur en chef de Valeurs actuelles, vient de publier Le Testament politique d’Ariel Sharon ; Michaël Bar-Zvi, professeur de philosophie à l’Institut Levinsky de Tel Aviv, Délégué général du Keren Kayemeth LeIsraël en France est l’auteur de Être et Exil, philosophie de la nation juive. L’un est Français, l’autre est Israélien ; ce sont de vieux camarades et des observateurs rigoureux et écoutés de la politique israélienne et des événements internationaux. Ils ne sont pas toujours d’accord.

La conférence a eu lieu salle 5 G 2 du Parlement Européen, 60 rue Wiertz, 1047 Bruxelles, le 21 Juin 2006 à 18 heures. Elle a été suivie d’un débat, d’une séance de signature et d’un vin d’honneur. English translation was provided.

Communication prononcée à Bruxelles le 21 juin 2006 par Olivier Véron :

« Je remercie Michel Gurfinkiel et Michaël Bar-Zvi pour leur passionnante intervention, et pour les beaux livres qu’ils ont écrits, leur pensée claire et profonde.
Je remercie Patrick Louis pour son invitation adressée d’abord aux provinciales.
Si depuis des années je m’efforce de faire vivre cette petite maison, qui s’intéresse aux événements et à l’articulation du politique et du religieux à partir des relations entre Juifs et chrétiens, ce n’est pas par exclusivisme, ni par humanisme, ni par humanité mais parce que c’est vital, et parce que les hypothèses juive et chrétienne, la question ouverte par l’inscription de la Bible dans l’histoire sont indestructibles.
Il est vital en effet pour notre existence concrète d’Européen, pour cette civilisation singulière, de veiller au respect de la réalité et de l’histoire, de transmettre la passion de la vérité et de la connaissance, de donner le goût de la liberté, de la responsabilité et de la souveraineté politique, ainsi que le courage de les défendre.
Nous sommes la civilisation du croisement de « l’homme grec et du Juif » – disait dans les années trente cette haute figure de la résistance intellectuelle allemande au nazisme Theodor Haecker, dont les écrits inspirèrent Sophie Scholl et les étudiants de la Rose blanche, avant Joseph Ratzinger.
Ce qu’il y a de fort et de beau dans l’histoire moderne d’Israël, contre-utopie, c’est que c’est la réalité qui suscite cette histoire, et qui l’ordonne, et c’est le souci du peuple tout entier, son passé et son avenir qui donne la force, la détermination et la ligne de l’action politique.
La mystique ne s’oppose ni à la réalité ni à la politique lorsqu’elle fonde la liberté et la responsabilité des personnes en même temps que le sens du bien commun. C’est la mystique même de la création du monde, de l’incarnation et de l’histoire qui commandent le souci politique par où passent nos premiers devoirs envers notre prochain.
Aucune des nations d’Europe n’a le droit de l’oublier. Ce n’est pas l’idée nationale qui a échoué au XXe siècle en Europe, mais la nation réduite à une identité partielle et totalitaire à la fois (que resterait-il de la langue allemande sans Franz Kafka ?) alors que la nation est une réalité vivante, une histoire et une vocation. Une pro-vocation : la réalité et la vocation politique de l’homme.
Merci. »