Radio Judaïca (Bruxelles)


« On doit à l’essayiste Bat Ye’or – pseudonyme adopté par Gisèle Littman-Orabi qui signifie "Fille du Nil" – le concept de "dhimmitude", néologisme par lequel elle désigne la condition humiliante imposée aux Juifs et aux chrétiens dans le monde musulman et qu’elle a étudiée en détail dans plusieurs livres qui ont fait date.

Telle une moderne Cassandre, elle ne cesse de mettre l’Europe en garde contre un spectre qui hante le Continent, celui du Califat : c’est-à-dire de l’emprise exercée sur les minorités immigrées du continent par l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), fondée en 1969 qui regroupe 56 États musulmans et se comporte comme une résurgence du Califat aboli par Atatürk en 1924.

Mais elle dénonce surtout la politique onusienne et européenne, activement soutenue par divers conclaves occultes, de soumission aux oukases de cette organisation : sous prétexte d’abolir la discrimination et de favoriser l’intégration des minorités musulmanes , objectifs certes louables, on en vient – avec la complicité active d’hommes politiques soucieux de se concilier les bonnes grâces du monde arabo-musulman et d’ONG opaques – à interdire toute critique de l’islam, à condamner tout propos tenu pour blasphématoire par les imams et à imposer une vision exclusivement pro-musulmane de l’histoire. Ainsi les enseignants sont tenus de dénoncer les Croisades et le colonialisme, mais ne sont pas autorisés à condamner le djihad, les conquêtes ou l’esclavage musulmans, autocensure de rigueur sous peine de se voir taxer d’"islamophobie". De même, sous la pression de l’OCI, l’Europe s’aplatit-elle par principe devant toutes les exigences du mouvement palestinien, qui devient le sujet de déclarations de soutien réitérés.

Bat Ye’or, qui maîtrise parfaitement son dossier, dispose d’une documentation sans faille. Ainsi nous rappelle-t-elle, par exemple, que le sénateur Francesco Cossiga, ancien ministre italien de l’Intérieur, Président du Conseil et Président, a révélé en 2010 que ses prédécesseurs Aldo Moro, Giulio Andreotti et Bettino Craxi avaient conclu au cours des années 1970-1980 accords infâmes avec les terroristes palestiniens de l’OLP et du FPLP les autorisant à s’en prendre sur le sol italien à des cibles israéliennes et juives (le "pacte Moro").

Ouvrage salutaire donc et riche d’enseignements. Aussi ne peut-on que regretter que la démonstration de l’auteur soit affaiblie par ses orientations politiques. Elle a mille fois raison de souligner que la véhémence anti-israélienne de rigueur contraste avec "le silence indifférent sur les victimes kurdes des raids turcs, le blocus de l’Arménie par la Turquie depuis 1993, l’occupation d’une partie de Chypre par Ankara depuis 1974…" Mais on ne saurait évidemment la suivre lorsqu’elle condamne toute prise de position en faveur d’un Etat palestinien viable et indépendant, alors qu’il s’agit là d’une orientation expressément endossée par l’Etat d’Israël depuis les accords d’Oslo, à laquelle souscrit également son actuel Premier Ministre Benjamin Netanyahu (engagement qu’il a personnellement évoqué dans son discours à l’université de Bar-Ilan en juin 2009, lors d’une rencontre du Président Abbas en septembre 2010 et réitéré à plusieurs reprises depuis lors vis-à-vis de lui, notamment par écrit officiel en 2012, ainsi que lors de son adresse au Congrès américain en mai 2011). »

Nathan Weinstock, Sefarad.org

Réponse de Bat Ye’or :

« Je vous remercie pour ce texte que vous m’avez consacré et que vous lirez sur radio judaica. Je ne sais dans lequel de mes textes vous avez lu que je m’oppose à un Etat palestinien. Je n’en parle pas car pour l’instant il n’existe pas. Par contre je m’oppose à un Etat palestinien créé dans les territoires de Judée et Samarie occupés illégalement par la Jordanie en 1948 et d’où toute présence juive fut éliminée. En effet ce projet ne pourra être qu’ une source de conflit incessants et rendra Israël inviable. C’est bien d’ailleurs pour cette raison, que tous les leaders d’Israël s’y sont opposés jusqu’à maintenant.

Ce projet qui est d’ailleurs d’origine française exige d’Israël la destruction de tout ce qu’il a construit depuis 1967 et la division de Jérusalem sur les lignes du cessez-le-feu de 1947. En clair, ce sont les frontières d’Auschwitz comme l’a dit Abba Eban. De plus, ce nouveau mini-Etat qui serait protégé par l’ensemble de l’Europe ne changerait rien au jihadism mondial. La mutilation d’Israël non seulement est immorale mais elle sera inefficace.

Par contre un Etat palestinien composé des agglomérations arabes des territoires disputés et complétés avec des territoires de Jordanie, qui constituent la Palestine historique pourrait être envisagé. Il y aurait ainsi trois Etats dans ce que fut la Palestine quand l’Angleterre en reçut le mandat pour en faire un seul Etat juif.

Bien cordialement
Bat Ye’or »