L’héritage d’Israël et l’avenir de l’Europe


Éditeur soucieux d’apporter les éléments de fonds par lesquels la reconnaissance et la connaissance d’Israël serviraient à définir notre culture gréco-hébraïque (et plus encore à lui donner un horizon), nous annonçons la parution du nouveau livre de Michaël Bar-Zvi, Israël et la France, l’alliance égarée :

« Le sionisme, même dans ses factions socialistes ou progressistes, a tenu compte d’un héritage, d’une culture ancienne dont la clé de voûte est la révélation. (…) Israël et la France ont quelque chose en commun, que les troubles et les secousses de l’histoire ne doivent pas nous faire oublier. Elles ne subsistent que grâce à une fidélité authentique à leurs origines spirituelles, ou à ce que l’on pourrait nommer une tradition, non pas comme un savoir qui se transmet, mais comme l’acte même de transmettre. Israël a une culture, des coutumes, des mœurs – comme la France – mais sa véritable substance se trouve dans sa fidélité à son destin. (…) Le déclin français s’accélère et risque de tourner au chaos. Seul un regard haut vers la nation qui lui fit don d’une part de son élection, et qui, grâce à elle retrouva sa liberté, peut sauver la France d’une défaite morale et d’une dislocation politique », indique la 4e de couverture.

Dans notre contexte politique et culturel, la réflexion de Michaël Bar-Zvi déborde naturellement le cadre français : au moment même où il terminait son livre, la réprobation dans toutes les villes européennes des opérations d’Israël contre le Hamas à Gaza fut presque concomitante des exactions d’un autre « État islamique » auto-proclamé, qui popularisait subitement une acception contestable du « califat » et prenait pour cible partout dans le monde nos ressortissants. On ne put qu’adhérer à l’effort des réseaux et institutions musulmanes de se démarquer de ces attitudes barbares, et en France des notables de cette religion en vinrent à proposer au Président de la République que ce pays devienne « le Harvard de l’Islam » [1]. Est-ce son rôle cependant, sa tradition, cela passera-t-il par l’oubli ou le conflit avec ses racines juives, gréco-hébraïques ou judéo-chrétiennes ? Quelques jours auparavant, Tareq Oubrou, le recteur de la mosquée de Bordeaux affirmait en effet pour expliquer la radicalisation des jeunes :

« Ils ne se reconnaissent plus peut-être dans l’histoire de la France qui est un cumul de civilisations. Huit siècles d’apports arabo-musulmans n’est pas perceptible dans le programme pédagogique que nos enfants apprennent dans leur école, ce n’est pas normal, on passe de la civilisation gréco-romaine à la civilisation judéo-chrétienne et pas un mot sur l’apport philosophique, mathématique, dans la médecine… ces enfants il faut qu’ils sachent que la république française, que la nation française est une synthèse de tout l’apport de l’humanité depuis l’aube de l’humanité, en passant par l’apport de la civilisation musulmane. Il faut que nos enfants se reconnaissent dans l’histoire, la vraie histoire de la France (…) »

La chronologie, la réalité et l’avenir de « la vraie histoire de la France » et de l’Europe sont donc des préoccupations communes, urgentes et légitimes. « Accepter son passé et transformer cette nécessité en vertu » – c’est-à-dire transmettre – est depuis longtemps au cœur de la réflexion politique du philosophe israélien Michaël Bar-Zvi, et il nous paraît à la fois opportun et significatif, étant donnée l’actualité – d’attirer l’attention du public sur ce sujet : « L’héritage d’Israël et l’avenir de l’Europe », c’est-à-dire non seulement la question historico-politique en Europe, mais aussi le sens d’un rapport moderne et libre à nos propres traditions.

La campagne d’envergure internationale pour dénoncer cette affaire criminelle de l’État islamique a porté sur des questions de vocabulaire reprises par tous nos dirigeants, sans préciser pour autant les rapports de l’islam à la loi, au droit de changer de religion, et à la notion même d’une autorité à la fois théologique et politique pour l’ensemble des musulmans dénommée califat. L’étude de Bat Ye’or sur L’Europe et le spectre du califat, publiée il y a quatre ans dans un contexte très différent, a gagné en intelligibilité et en évidence, pour peu que quelques explications complémentaires soient données. Elle porte uniquement sur l’action de l’OCI (Organisation de la Conférence Islamique) à travers ses réseaux en Europe pour promouvoir un « multiculturalisme » dont tous perçoivent aujourd’hui la dérive ou redoutent l’échec. Or c’est justement à une telle action que nous avons assisté en direct, à la fois pendant la réprobation des opérations israéliennes et la dénonciation de l’État islamique. Comme l’écrit Michaël Bar-Zvi dans son livre :

« L’appel des djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant – proclamé califat en 2014 – à une révision historique pour mettre un terme aux accords Sykes-Picot, sont un signe intéressant de la manière dont l’islam a vécu la période coloniale et post-coloniale. La création du califat en Irak et en Syrie, si elle a pris de court les chancelleries occidentales, n’a pas étonné les lecteurs des travaux de Bat Ye’or, qui depuis des années, n’a cessé, à travers ses recherches, de dénoncer les risques d’un axe euro-arabe, ouvrant la voie à l’islamisme radical. Dans son dernier ouvrage prémonitoire, L’Europe et le spectre du califat, elle expose avec une grande lucidité le processus de conquête mis sur pied par les fondamentalistes musulmans pour sommer "les Européens d’abandonner leurs valeurs historiques et même leur identité." »

Olivier Véron, Les provinciales, novembre 2014.

Cf. L’article de Jean Brinbaum, rédacteur en chef du Monde des Livres : « Houellebecq et le spectre du califat » (Le Monde du 8 janvier 2015)

Michaël Bar-Zvi, Israël et la France, l’alliance égarée, Les provinciales, novembre 2014

[1] C’est justement un des thèmes du livre de Michel Houellebecq, Soumission, dans lequel la Sorbonne est achetée par des Saoudiens. Cf. l’article de Jean Brinbaum, rédacteur en chef du Monde des Livres : « Houellebecq et le spectre du califat » (Le Monde du 8 janvier 2015)