Une barrière contre l’horreur


« C’est lorsque l’horreur atteint à sa plus grande amplitude, lorsque tout ce qui était sacré (tout ce que le patient tissage de l’histoire et de la tradition avait fait reconnaître comme sacré) s’évanouit, que la conscience religieuse ou son résidu laïcisé s’efforce de constituer une barrière contre l’horreur par la reconnaissance, au moins, des valeurs morales universelles ; on peut même dire que ceux qui, avant le déchaînement horrible, avant les camps de la mort méthodique ou le bombardement massif des populations civiles, prétendent faire de la conformité aux valeurs universelles le contenu de l’histoire, ceux-là ont déjà secrètement pris le parti de l’horreur ; ils ont renoncé à ces valeurs subtiles, à cette tendresse des coutumes et des rites, à ces amitiés par lesquelles un vieux peuple civilisé sait accueillir et dompter la brutalité de l’avenir ; ils sont les complices du désastre qu’ils redoutent et laissant l’imagination historique à l’horreur, ils laissent du même coup l’horreur forger le contenu de leur destin. »

Pierre Boutang, La Politique, la politique considérée comme souci, 1948.

« Dans le moment de retournement historique que nous vivons, l’heure de Boutang pourrait bientôt sonner… » Robert Redeker.
« Cet essai sur la Politique de Pierre Boutang, le chef de l’État doit profiter des vacances estivales pour le lire. » Gabriel Matzneff.
« Avant de plonger dans les Évangiles, je lis Pierre Boutang, c’est du lourd. » Fabrice Luchini.
« Pierre Boutang, Itinéraire d’un intellectuel non conformiste. » Le Figaro