Une parole différente


L’origine de cette parole différente se trouve, selon Bossuet, dans l’histoire sacrée, et très précisément dans le premier retour, et le premier usage poétique immédiat des signes, avec la terre promise : « Dans le temps qu’Abraham, Isaac et Jacob avaient habité cette terre, ils y avaient érigé partout des monuments des choses qui leur étaient arrivées. On y montrait encore les lieux où ils avaient habité ; les puits qu’ils avaient creusés (…), les montagnes où ils avaient sacrifié à Dieu et où il leur était apparu ; les pierres qu’ils avaient dressées ou entassées pour servir de mémorial à la postérité (…) Ainsi quand le peuple hébreu entra dans la terre promise, tout y célébrait ses ancêtres ; et les pierres mêmes y parlaient de ces hommes merveilleux, et de ces visions étonnantes par lesquelles Dieu les avaient confirmés dans l’ancienne et véritable croyance. » De là est née la poésie…
… du moins la biblique, où les signes ont un sens clair, où les analogies sont des monuments.

Pierre Boutang, La Fontaine politique, 1981.