Le prophétisme est une prise de conscience historique
Pour dessiner les traits d’une société redoutée dans ses tendances totalitaires, de puissants écrivains ont publié toutes sortes de fables au XXe siècle. Kafka a suscité un univers oppressant dans lequel l’individu se trouve radicalement isolé face à un ordre impénétrable qui lui impose sa Loi. Canetti a insisté davantage sur la dégradation inexorable des relations entre les personnes avant la catastrophe. Chesterton a décrit la suspicion mutuelle sous la forme libre d’un cauchemar où chacun croit combattre l’ennemi radical alors que celui-ci n’est que son vis-à-vis antagoniste. Jünger a situé dans un passé mythique la dévastation opérée par la barbarie sur des réalités sociales délicates et la poésie de la vie primitive. Orwell au contraire a projeté dans le futur d’une date prise au hasard ce qu’il voyait s’ébaucher grossièrement sous ses yeux. Zinoviev a longuement exploré avec ironie les hauteurs béantes du système totalitaire dans lequel il avait effectivement vécu…
Bat Ye’or a vécu, elle, Fille d’Égypte, dans une société islamisée qui avait été adoucie par l’influence européenne. Elle a vu celle-ci s’effondrer avant d’être expulsée, en 1957, parce qu’elle était juive. Ce qu’elle n’a pas pu observer sur place, elle l’a reconstitué librement de l’extérieur, depuis son exil forcé, et l’a appelé « la dimmitude ». En personne déplacée devenue l’historienne de son propre malheur, Bat Ye’or décrit le durcissement de cette société dans les méandres de sa bureaucratie, la dégradation des relations entre communautés sous l’effet d’une idéologie de conquête, les mensonges et les contradictions inhérents à l’action révolutionnaire et à l’effort de guerre incessant, la peur d’être vaincu qu’ils engendrent, militairement et idéologiquement…
Bérénice Levet, Causeur : « La dissidence, rappelle magnifiquement Millet, est un fait de haute civilisation »
Écrivains français ou écrivains en France ? En 1985, au terme de sa recension d’un livre que venait de faire paraître Philippe Muray, Bertrand Poirot-Delpech, voix fort autorisée du Monde des Livres, vendait la mèche: « Mais au total, Le XIXe siècle à travers les âges – le livre en question – mériterait de faire un
Emeline Pecoraro, Politique Magazine : « Le sang d’Israël constitue le lieu d’une élection douloureuse »
Le sang n’est pas une métaphore, il est une signature. La modernité en a fait un groupe sanguin, un rhésus, une donnée médicale. Selon les Écritures, c’est une parole rouge, brûlante, irréductible. Dans la Torah, il est dit que « la vie de la chair est dans le sang ». Rien de décoratif, c’est une
