Penser la Bible au présent

À l’inverse d’un parchemin de hiéroglyphes, le texte biblique nous parle encore vingt-cinq siècles après que le canon hébraïque a été mis au point. Cette ancienneté, qui touche à l’origine de l’humanité, porte une pensée qu’on peut entendre encore aujourd’hui dans son effervescence, même si l’archéologue a l’ambition de le renvoyer à un passé révolu, même si le clerc la retire à sa lecture ici-bas. Réduction au passé, fossilisation comme sacralisation militent contre la lecture au présent de ce texte.
Ce n’est pourtant pas un texte hiératique : il porte un récit dans lequel la condition humaine peut se retrouver comme on le conçoit pour l’héritage grec : une génération de chercheurs a cru trouver dans la Grèce antique un univers de pensée actuel pour la société et la démocratie contemporaines. Pourquoi la même chose serait-elle impossible pour le texte biblique ? Il y a effectivement une pensée biblique douée de cohérence. Penser, dans ces conditions, c’est poser la question du sens, telle qu’elle se présente à nous dans le monde d’aujourd’hui. C’est un acte créatif qui bouscule toujours les autorités établies.
Penser la Bible, c’est l’interpréter, lui conférer un sens qu’elle ne semble pas avoir immédiatement. C’est supposer qu’elle en dit plus qu’elle ne dit dans le texte qui la porte. Mais ce surcroît de sens rend au texte écrit sa vivacité originelle, sa voix, la voix qui le portait.
Cette démarche s’inscrit dans la geste de la création de l’univers : le Créateur se retire pour faire place à un second être, l’homme. La lecture biblique refait ainsi l’expérience de la création : elle couvre la nudité du texte, son…


« L’histoire tout entière, comme si elle était vécue et soufferte personnellement. » Nietzsche (Le livre idéal).